Eclairé et totalement engagé aux côtés des siens, Ousmane Alédji déborde d'énergie pour impulser une réelle dynamique au secteur culturel béninois. Il s'emploie également à combattre les « vices » qui tendent à gangréner l'environnement de la culture déjà infecté par la précarité à laquelle sont condamnés les artistes. A travers cet entretien exclusif, il aborde divers sujets de l'actualité culturelle. Il n'a pas ménagé les autorités en charge du développement de ce secteur. Chose rare !
Aube Nouvelle : Monsieur Ousmane Alédji, vous êtes un acteur culturel très aguerri. Comment se porte aujourd'hui l'univers artistique et culturel béninois ?
Ousmane Alédji : Plutôt mal pour ne pas dire très mal. Quand on passe le temps à mettre le doigt sur les faiblesses des artistes et qu'en face, on n'a pas des approches de solution, le mal s'empire. C'est pour ça qu'il y a de plus en plus d'artistes qui vivent moins bien parce que la précarité dans laquelle nous vivions avant, est devenue désespérante. A force d'accepter, comme état de fait, de voir les artistes dans une espèce de débrouillardise permanente, fait que l'artiste vit de plus en plus mal. Il n'est plus en mesure de laisser voyager son imaginaire, de creuser, de prendre du recul. Il est préoccupé par les petits jobs qui font qu'il arrive à tenir la fin du mois. C'est trop, ça va très mal.
Vous êtes auteur, metteur en scène, consultant, directeur de galerie, et directeur de festival. Comment arrivez-vous à faire rimer tout ceci ?
Je coupe dans le sommeil. Il a quelque chose de particulier. Il n'est beau que lorsqu'il vous prend. Mais lorsqu'on peut résister, il faut le faire. Parce que le temps, c'est ce qu'il y a de plus précieux et de plus difficile à conquérir. Je ne suis pas difficile avec le sommeil. Je fais tout pour y résister quand je le peux. J'aime beaucoup la nuit et je la préfère au soleil qui nous brûle la peau et nous fatigue. Le bruit des moteurs, les bavardages, tout ça pollue l'environnement mental et la tranquillité des créateurs. Mais la nuit, tout est calme. Vous entendez le vent, le vent qui souffle, le sifflement des oiseaux, le clair de lune qui vous couvre. C'est magnifique la nuit. Moi je féconde dans la nuit.
Vous êtes un expert de l'OIF au Bénin pour débattre des questions culturelles. En quoi se résume votre mission ?
Elle est essentiellement théâtrale. La mission consiste à fait savoir ce que vous venez de dire au Bénin et dans toute l'Afrique francophone. Ensuite, essayer de former ou de diriger les porteurs de projets qui pourraient être amenés à faire des projets et à les soumettre à l'OIF et après aller là-bas siéger et défendre ces dossiers comme étant des dossiers d'Afrique. Nous sommes deux, un Congolais et moi, à représenter l'Afrique dans une Assemblée de 17 ou 18 experts francophones pour défendre les dossiers africains.
La gestion du milliard culturel défraie encore la chronique ces derniers temps. Etes-vous satisfaits de cette gestion ?
Il est difficile de répondre par l'affirmative. Même si on a quelques sympathies pour notre directrice qui est actuellement « chahutée », « agressée », « secouée » de toutes parts par les artistes, les groupes d'intérêts, les associations d'artistes. Tout le monde se jette sur elle. Dans un environnement où il n'y a pas de critères, pas de règles, pas de manuels de procédure, où ça se fait selon l'humeur du ministre ou du patron, c'est difficile pour une directrice de savoir quoi faire, de résister à tout moment. Mais cela n'excuse pas le fait que le milliard ne soit pas géré avec plus de méthode. Pour l'instant, c'est nouveau et il faut prendre le temps de construire une charpente crédible que tout le monde gravirait pour bénéficier du milliard. Il faut de la méthode.
En avez-vous bénéficié ?
J'ai monté un projet qui a bénéficié de façon presque symbolique du soutien du Fonds d'aide à la culture. Mais que j'en bénéficie ou pas, je mets sur mes affiches, mes banderoles, mes communiqués, le Fonds d'aide à la culture comme représentation d'une forme de présence du gouvernement béninois. Même si le pouvoir public ne l'a pas encore compris, il est important pour les acteurs culturels que nous sommes, de faire comprendre à nos partenaires que dans notre pays, il y a des structures qui nous accompagnent de temps en temps pour qu'ils ne croient pas que sans eux nous ne pouvons rien. Le Fonds d'aide et moi sommes en de bons termes. Je n'ai pas besoin d'aller leur prendre de l'argent avant de dire qu'ils sont là.
Le programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (Psicd) sera très bientôt en fin de mission. On se souvient que vous aviez adressé une lettre ouverte au ministère de tutelle sortant pour plaider la reconduction de ce programme d'appui aux initiatives culturelles décentralisées. Mais tout porte à croire que votre plaidoyer n'a pas été pris en compte. Quel est votre sentiment par rapport à cet état de choses ?
J'ai été après approché, je vous le dit très sincèrement, à la fois par le chargé de programmes de l'Union européenne, par la présidente de la Commission européenne au Bénin et j'ai aussi écouté le coordonnateur du Programme et son équipe. Le sentiment que j'ai, c'est que c'est trop tard pour eux et pour nous de tout remettre en cause parce que tout a été ficelé malgré la présence des représentants du gouvernement béninois, à savoir le ministère de l'économie et des finances et le ministère de la culture. Ils étaient là et ils ont mangé des miettes sur nos têtes. Eux autres, aujourd'hui, ne peuvent plus rien faire, sinon essayer d'intégrer au niveau de la structure à mettre en place les suggestions et remarques que nous leur faisons pour que la culture à ce niveau là, ne soit pas totalement diluée. Nous craignons que n'importe qui ne se proclame pas opérateur culturel parce qu'il y a de l'argent et que la misère galopante des artistes, que nous dénonçons, n'ait plus du tout de solutions. Le Psicd disparaît, mais la nouvelle structure va capitaliser les acquis de ce dernier en plus des remarques et suggestions que nous leur avons faites pour que le déploiement du prochain projet soit vraiment au profit des acteurs culturels béninois.
Un mot à l'endroit du public culturel béninois
C'est quand c'est gratuit que ça devient plus difficile. Aujourd'hui, pour ce qui nous concerne à Artistique Bénin, nous tournons dans cinq (5) villes du Bénin dont Porto-Novo, Lokossa, Abomey, Parakou et Cotonou une exposition itinérante de trois (3) artistes majeurs, deux (2) Béninois et un (1) Camerounais qui est à l'espace public où tout le monde peut aller voir. Quand l'exposition se fait dans les galeries, qui sont des lieux de cloisonnement, des espaces marginaux, c'est compliqué pour un public profane de se donner ce temps-là. Mais quand l'art descend dans la rue, il faut que le public de l'art aille à la rencontre de l'art, sinon on ne pourra plus rien pour lui. La seconde chose, c'est qu'il milite avec nous. La solution miracle passe par les espaces. Je travaille comme expert consultant et je peux vous dire que c'est sur ça que s'appuie d'ailleurs les politiques culturelles. Nous souffrons parce que nous n'avons pas un seul espace culturel au Bénin. Il n'y a pas de théâtre, pas de centre culturel béninois et depuis près de 50 ans que nous sommes indépendants. C'est inexcusable. Les populations doivent militer avec nous pour que nous ayons le centre culturel municipal de la ville pour que quand un artiste quitte Cotonou, il puisse jouer au Bénin au moins soixante (60) fois. Quand un artiste peut présenter son spectacle ou son tableau dans 60 lieux différents, ça multiplie ses chances de recette par 60. Il existe comme artiste et son travail progresse. Nous avons les moyens de le faire et ce qui nous manque c'est la tête, le manque d'âme, l'envie de le faire et je trouve ça triste. On n'a plus de cancre à la tête de ce pays. Ce sont des gens qui ont tous des doctorats, donc qui savent lire et écrire. Je ne comprends pas pourquoi on ne le fait pas. Ça commence vraiment à m'énerver, cette histoire.
Propos recueillis par : Serge-David ZOUEME
Aube Nouvelle : Monsieur Ousmane Alédji, vous êtes un acteur culturel très aguerri. Comment se porte aujourd'hui l'univers artistique et culturel béninois ?
Ousmane Alédji : Plutôt mal pour ne pas dire très mal. Quand on passe le temps à mettre le doigt sur les faiblesses des artistes et qu'en face, on n'a pas des approches de solution, le mal s'empire. C'est pour ça qu'il y a de plus en plus d'artistes qui vivent moins bien parce que la précarité dans laquelle nous vivions avant, est devenue désespérante. A force d'accepter, comme état de fait, de voir les artistes dans une espèce de débrouillardise permanente, fait que l'artiste vit de plus en plus mal. Il n'est plus en mesure de laisser voyager son imaginaire, de creuser, de prendre du recul. Il est préoccupé par les petits jobs qui font qu'il arrive à tenir la fin du mois. C'est trop, ça va très mal.
Vous êtes auteur, metteur en scène, consultant, directeur de galerie, et directeur de festival. Comment arrivez-vous à faire rimer tout ceci ?
Je coupe dans le sommeil. Il a quelque chose de particulier. Il n'est beau que lorsqu'il vous prend. Mais lorsqu'on peut résister, il faut le faire. Parce que le temps, c'est ce qu'il y a de plus précieux et de plus difficile à conquérir. Je ne suis pas difficile avec le sommeil. Je fais tout pour y résister quand je le peux. J'aime beaucoup la nuit et je la préfère au soleil qui nous brûle la peau et nous fatigue. Le bruit des moteurs, les bavardages, tout ça pollue l'environnement mental et la tranquillité des créateurs. Mais la nuit, tout est calme. Vous entendez le vent, le vent qui souffle, le sifflement des oiseaux, le clair de lune qui vous couvre. C'est magnifique la nuit. Moi je féconde dans la nuit.
Vous êtes un expert de l'OIF au Bénin pour débattre des questions culturelles. En quoi se résume votre mission ?
Elle est essentiellement théâtrale. La mission consiste à fait savoir ce que vous venez de dire au Bénin et dans toute l'Afrique francophone. Ensuite, essayer de former ou de diriger les porteurs de projets qui pourraient être amenés à faire des projets et à les soumettre à l'OIF et après aller là-bas siéger et défendre ces dossiers comme étant des dossiers d'Afrique. Nous sommes deux, un Congolais et moi, à représenter l'Afrique dans une Assemblée de 17 ou 18 experts francophones pour défendre les dossiers africains.
La gestion du milliard culturel défraie encore la chronique ces derniers temps. Etes-vous satisfaits de cette gestion ?
Il est difficile de répondre par l'affirmative. Même si on a quelques sympathies pour notre directrice qui est actuellement « chahutée », « agressée », « secouée » de toutes parts par les artistes, les groupes d'intérêts, les associations d'artistes. Tout le monde se jette sur elle. Dans un environnement où il n'y a pas de critères, pas de règles, pas de manuels de procédure, où ça se fait selon l'humeur du ministre ou du patron, c'est difficile pour une directrice de savoir quoi faire, de résister à tout moment. Mais cela n'excuse pas le fait que le milliard ne soit pas géré avec plus de méthode. Pour l'instant, c'est nouveau et il faut prendre le temps de construire une charpente crédible que tout le monde gravirait pour bénéficier du milliard. Il faut de la méthode.
En avez-vous bénéficié ?
J'ai monté un projet qui a bénéficié de façon presque symbolique du soutien du Fonds d'aide à la culture. Mais que j'en bénéficie ou pas, je mets sur mes affiches, mes banderoles, mes communiqués, le Fonds d'aide à la culture comme représentation d'une forme de présence du gouvernement béninois. Même si le pouvoir public ne l'a pas encore compris, il est important pour les acteurs culturels que nous sommes, de faire comprendre à nos partenaires que dans notre pays, il y a des structures qui nous accompagnent de temps en temps pour qu'ils ne croient pas que sans eux nous ne pouvons rien. Le Fonds d'aide et moi sommes en de bons termes. Je n'ai pas besoin d'aller leur prendre de l'argent avant de dire qu'ils sont là.
Le programme de soutien aux initiatives culturelles décentralisées (Psicd) sera très bientôt en fin de mission. On se souvient que vous aviez adressé une lettre ouverte au ministère de tutelle sortant pour plaider la reconduction de ce programme d'appui aux initiatives culturelles décentralisées. Mais tout porte à croire que votre plaidoyer n'a pas été pris en compte. Quel est votre sentiment par rapport à cet état de choses ?
J'ai été après approché, je vous le dit très sincèrement, à la fois par le chargé de programmes de l'Union européenne, par la présidente de la Commission européenne au Bénin et j'ai aussi écouté le coordonnateur du Programme et son équipe. Le sentiment que j'ai, c'est que c'est trop tard pour eux et pour nous de tout remettre en cause parce que tout a été ficelé malgré la présence des représentants du gouvernement béninois, à savoir le ministère de l'économie et des finances et le ministère de la culture. Ils étaient là et ils ont mangé des miettes sur nos têtes. Eux autres, aujourd'hui, ne peuvent plus rien faire, sinon essayer d'intégrer au niveau de la structure à mettre en place les suggestions et remarques que nous leur faisons pour que la culture à ce niveau là, ne soit pas totalement diluée. Nous craignons que n'importe qui ne se proclame pas opérateur culturel parce qu'il y a de l'argent et que la misère galopante des artistes, que nous dénonçons, n'ait plus du tout de solutions. Le Psicd disparaît, mais la nouvelle structure va capitaliser les acquis de ce dernier en plus des remarques et suggestions que nous leur avons faites pour que le déploiement du prochain projet soit vraiment au profit des acteurs culturels béninois.
Un mot à l'endroit du public culturel béninois
C'est quand c'est gratuit que ça devient plus difficile. Aujourd'hui, pour ce qui nous concerne à Artistique Bénin, nous tournons dans cinq (5) villes du Bénin dont Porto-Novo, Lokossa, Abomey, Parakou et Cotonou une exposition itinérante de trois (3) artistes majeurs, deux (2) Béninois et un (1) Camerounais qui est à l'espace public où tout le monde peut aller voir. Quand l'exposition se fait dans les galeries, qui sont des lieux de cloisonnement, des espaces marginaux, c'est compliqué pour un public profane de se donner ce temps-là. Mais quand l'art descend dans la rue, il faut que le public de l'art aille à la rencontre de l'art, sinon on ne pourra plus rien pour lui. La seconde chose, c'est qu'il milite avec nous. La solution miracle passe par les espaces. Je travaille comme expert consultant et je peux vous dire que c'est sur ça que s'appuie d'ailleurs les politiques culturelles. Nous souffrons parce que nous n'avons pas un seul espace culturel au Bénin. Il n'y a pas de théâtre, pas de centre culturel béninois et depuis près de 50 ans que nous sommes indépendants. C'est inexcusable. Les populations doivent militer avec nous pour que nous ayons le centre culturel municipal de la ville pour que quand un artiste quitte Cotonou, il puisse jouer au Bénin au moins soixante (60) fois. Quand un artiste peut présenter son spectacle ou son tableau dans 60 lieux différents, ça multiplie ses chances de recette par 60. Il existe comme artiste et son travail progresse. Nous avons les moyens de le faire et ce qui nous manque c'est la tête, le manque d'âme, l'envie de le faire et je trouve ça triste. On n'a plus de cancre à la tête de ce pays. Ce sont des gens qui ont tous des doctorats, donc qui savent lire et écrire. Je ne comprends pas pourquoi on ne le fait pas. Ça commence vraiment à m'énerver, cette histoire.
Propos recueillis par : Serge-David ZOUEME
