Aujourd'hui tout comme hier, la question du développement culturel se pose avec acuité. Le milliard culturel, une trouvaille du régime Yayi pour aider sensiblement les artistes et acteurs culturels à sortir de l'ornière, semble ne pas avoir le quitus de toute la corporation. A travers cet entretien exclusif, Ousmane Alédji, metteur en scène, dramaturge, écrivain et expert de l'Oif fait l'état des lieux et formule des propositions pour un réel développement culturel au Bénin.
Aube Nouvelle : Quel contenu donnez-vous au développement culturel, Mr Ousmane Alédji ?
Ousmane Alédji : Merci. Le développement culturel relève d'abord du mental. Il est pensé et conçu. Sa réalisation nécessite, sans nul doute, des moyens humains, matériels et financiers. Vu sous cet angle, j'ai l'impression que le développement culturel du Bénin n'est pas encore inscrit au rang des priorités de l'Etat. Il semble ne pas être le souci partagé de nos responsables et gouvernants. Celui de faire du Bénin un véritable pôle de développement culturel. Alors que pour y parvenir, il suffit de créer un environnement socio-économique favorable à l'émergence des pratiques artistiques, bénéfiques pour les professionnels secteur par secteur. Ensuite, il faut envisager un environnement juridique pour protéger et sécuriser les différents acteurs de ce secteur. En troisième et dernier lieu, il faut mettre en place par an une dotation budgétaire ambitieuse. Il est impérieux d'initier des projets et programmes, secteur par secteur, de pourvoir les acteurs culturels de moyens financiers en vue de les aider à se rendre plus compétitifs sur le terrain. Comme vous le voyez, c'est une chaîne et le déclencheur du système reste et demeure l'Etat béninois, en l'occurrence le chef de l'Etat. Je n'ai pas le sentiment que le nôtre ait fait du développement culturel son cheval de bataille.
Depuis l'avènement au pouvoir du régime Yayi en 2006, n'avez-vous pas le sentiment que des efforts sont faits pour booster le secteur culturel béninois ?
Le président Thomas Boni Yayi a fait débloquer un milliard de francs Cfa pour le Fonds d'aide à la culture. Le « milliard culturel » comme c'est surnommé, est pour certains un miracle. Pour moi, il est une insulte pour les acteurs culturels que nous sommes. J'ai le sentiment qu'on réduit la culture, les acteurs culturels, les professionnels des arts au minimum. L'interprétation caricaturale de cette action applaudie par d'aucuns semble être ceci : « Ils ont faim, jetons leur quelque chose. Ils vont se calmer et nous laisser travailler ». Ils oublient que dans le secteur culturel, il y a du travail à faire. J'ai même le sentiment que le gouvernement du Général Mathieu Kérékou a fait mieux que celui-ci. Ça, c'est ma conviction. Organiser des concerts au Stade de l'Amitié ou au Palais des congrès, ne profite nullement aux artistes. C'est de la publicité qu'ils se font. Il ne faut pas se tromper là-dessus. Ce qui avantage les artistes, ce sont leurs propres initiatives, les projets qu'ils s'échinent à concrétiser avec les moyens de bord. Je ne vais pas blâmer le ministre de la culture. Car, la question qui se pose actuellement n'est pas une question de personne, mais de politique. Et le concepteur en chef de la politique nationale, une fois de plus, c'est le chef de l'Etat. Il est le premier à être montré du doigt. Je suis même tenté de l'accuser de non assistance aux artistes en péril. Avez-vous compté combien ils sont à nous quitter en moins de six (6) mois ? Allez demander comment et pourquoi ils sont morts. Je trouve ridicule qu'on se réunisse après pour leur rendre hommage à travers des discours élogieux. C'est un folklore grotesque et cynique. On constate déjà sur le terrain les campagnes précoces. Si ça ne change pas, on ne va pas les rater non plus. Croyez-moi.
En dépit des critiques que vous formulez, le régime actuel a tout de même eu le mérite de penser au milliard culturel qui n'existait pas du tout sous d'autres régimes ?
Oui ! Tout n'est pas morose. Il y a un effort de fait. En revanche, je ne suis pas d'avis qu'on décerne un satisfécit au gouvernement quand on sait que beaucoup restent à faire. Au moment où le pouvoir était dans la main des militaires qui n'ont forcément pas la culture culturelle, les artistes et promoteurs culturels étaient mieux traités. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Alors que le pouvoir est dans la main des Docteurs. Le président Mathieu Kérékou a quel doctorat ? Pourtant, je vous dis, il a réalisé avec l'aide des Chinois le Palais des congrès. On peut encore multiplier les exemples.
Si cette désaffection du gouvernement à laquelle vous faites allusion se vérifie, ne pensez-vous pas que les artistes et acteurs culturels sont, eux-mêmes, en parti responsables ?
Les artistes sont aussi des humains. Et donc, ils ne peuvent pas avoir tous le même niveau d'engagement, de compréhension et de militantisme. Il y en a qui préfère bénéficier des largesses du pouvoir. Il y a d'autres qui sont dans la résistance. C'est normal. Ce que moi je déplore, c'est qu'on ne prenne pas suffisamment du recul pour se demander : « Que construisons-nous ? » Malheureusement, personne n'y songe. Alors que c'est autour de ça que nous devons normalement fédérer nos énergies, nos envies et nos passions. Au contraire, la question dérange presque. Oui, j'avoue que les artistes sont en partie complices. Il y a des gens qui ont chanté pour tous les régimes et qui aujourd'hui se repositionnent pour chanter pour le changement. Je lie cette conduite de certains au dénuement, au manque de moyens. Ils sont obligés d'entrer dans des compromissions. Mais quand vous prenez du recul, vous les comprenez. C'est un peu ça. Je peux tolérer cela mais je ne défendrai pas, je ne soutiendrai pas cela.
Est-ce que vous avez eu le temps de discuter avec le ministre de la culture de tous ces ressentiments ?
Parce que vous croyez que nous avons un ministre de la culture?
Non moi, je n'ai pas mon temps à perdre. Je ne pense même pas le faire tant que les choses ne changeront pas. Nous avions un ministre qui, lui, avait l'humilité de l'écoute. On sentait en lui de l'envie même s'il était limité au niveau de sa connaissance du terrain. Il sait s'y prendre avec les artistes. Je le dis en toute sincérité. Lui et moi, nous ne sommes pas des amis. Quant à celui qui est là, j'ai l'impression qu'il est en vacance. Il ne sait pas trop où se poser et quoi faire. Le président de la République l'aurait laissé au sport. Parce que là, j'ai eu l'impression qu'il a fait bouger pas mal de choses. Mais ici au département de la culture, il est en terre étrangère. La sincérité et le respect de soi-même l'auraient obligé à démissionner tout simplement. Non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il est honnête. Mais je sais que nous attendrons longtemps.
Au vu de toutes ces dénonciations, est-ce que Ousmane Alédji, acteur culturel, est prêt aujourd'hui pour apporter son soutien au ministre de la culture ?
Sur le principe, la réponse est oui. Mais rassurez-vous, je n'entrerai dans aucun cabinet pour le moment. Si un ministre croit que je peux lui apporter mon expertise dans tel ou tel domaine, je suis prêt et disposé à le faire même gratuitement. Ce que nous voulons, c'est justement ça. Que les gens nous disent : « nous voulons vous aider, mais nous ne savons pas comment le faire. Qu'est-ce qu'il vous faut ? ». Et nous serons là pour leur donner des réponses fiables
En tant qu'expert de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qu'est-ce qu'il faut aujourd'hui pour impulser le développement réel du secteur culturel Béninois ?
Le miracle s'appelle espaces. Il nous faut des lieux. Nous avons soixante dix-sept (77) communes au Bénin. Un centre culturel municipal pourvu de bibliothèque par commune relève aujourd'hui de l'indispensable. Et c'est à notre portée. Cela coûte au maximum 100 millions de francs Cfa. Multipliez ça par 77 ; vous avez moins de 8 milliards. En une année, l'Etat béninois a couvert le territoire béninois de 77 centres culturels. Le chiffre paraît gros, mais garantit et sécurise l'avenir professionnel des artistes. Quand un artiste quitte Cotonou, il peut jouer 77 fois tout en restant au Bénin. L'obligation d'aller à l'extérieur avant de vivre de son art, ne sera plus une contrainte. On donne rendez-vous au public et on le fidélise. Les œuvres se perfectionnent, la qualité monte et on devient plus compétitif. Il est évident alors que l'artiste qui quitte Cotonou peut jouer 77 fois et faire des recettes colossales. Il peut aussi payer ses artistes, ses musiciens et lui-même peut bien manger, bien s'habiller, avoir une maison, construire un avenir pour ses enfants. C'est ça vivre de son art. Ce n'est pas autre chose. Et ce miracle est à notre portée.
Si on vous nomme aujourd'hui ministre de la culture, monsieur Ousmane Alédji, quelles seront vos priorités ?
Ministre de la culture, nom de Dieu ! (étonnement). Je ne fais pas ces rêves là. Mais bon, je vais me résoudre à faire quatre choses. La première, c'est de créer un environnement juridique qui sécurise les artistes et les acteurs culturels. Je veux parler d'un statut social avec un salaire minimum garanti pour les artistes. En second lieu, je vais mettre en place cette chaîne infrastructurelle et on peut le faire. Nous avons comme président du conseil général de l'Unesco un Béninois. C'est une aubaine. Nous allons donc monter des projets que nous lui soumettrons. L'Union européenne est là et n'attend que des projets crédibles pour les financer. En troisième lieu, nous mettrons en place un budget sur cinq (5) ans afin de faciliter l'animation des centres culturels communaux tenus par des professionnels. Ceci facilitera les productions et leur diffusion à l'interne. En quatrième lieu, je ferai en sorte que l'art béninois devienne plus compétitif. Et cela passe par le financement des festivals. On a comme l'impression qu'on en a trop alors qu'on n'en a pas du tout. Le Fitheb est un festival moribond, c'est le Directeur et son conseil d'administration qui se battent pour tenir ce festival. Donc il faut multiplier les rendez-vous internationaux pour que le Bénin devienne cette vitrine d'excellence en termes d'art tout simplement. Quand vous auriez fait ça, vous pouvez aller dormir tranquille. Les Béninois diront que c'est sous tel président que nous avons eu ceci et cela. Et Dieu sait que les artistes ont la gratitude longue.
Propos recueillis par Serge-David ZOUEME
Aube Nouvelle : Quel contenu donnez-vous au développement culturel, Mr Ousmane Alédji ?
Ousmane Alédji : Merci. Le développement culturel relève d'abord du mental. Il est pensé et conçu. Sa réalisation nécessite, sans nul doute, des moyens humains, matériels et financiers. Vu sous cet angle, j'ai l'impression que le développement culturel du Bénin n'est pas encore inscrit au rang des priorités de l'Etat. Il semble ne pas être le souci partagé de nos responsables et gouvernants. Celui de faire du Bénin un véritable pôle de développement culturel. Alors que pour y parvenir, il suffit de créer un environnement socio-économique favorable à l'émergence des pratiques artistiques, bénéfiques pour les professionnels secteur par secteur. Ensuite, il faut envisager un environnement juridique pour protéger et sécuriser les différents acteurs de ce secteur. En troisième et dernier lieu, il faut mettre en place par an une dotation budgétaire ambitieuse. Il est impérieux d'initier des projets et programmes, secteur par secteur, de pourvoir les acteurs culturels de moyens financiers en vue de les aider à se rendre plus compétitifs sur le terrain. Comme vous le voyez, c'est une chaîne et le déclencheur du système reste et demeure l'Etat béninois, en l'occurrence le chef de l'Etat. Je n'ai pas le sentiment que le nôtre ait fait du développement culturel son cheval de bataille.
Depuis l'avènement au pouvoir du régime Yayi en 2006, n'avez-vous pas le sentiment que des efforts sont faits pour booster le secteur culturel béninois ?
Le président Thomas Boni Yayi a fait débloquer un milliard de francs Cfa pour le Fonds d'aide à la culture. Le « milliard culturel » comme c'est surnommé, est pour certains un miracle. Pour moi, il est une insulte pour les acteurs culturels que nous sommes. J'ai le sentiment qu'on réduit la culture, les acteurs culturels, les professionnels des arts au minimum. L'interprétation caricaturale de cette action applaudie par d'aucuns semble être ceci : « Ils ont faim, jetons leur quelque chose. Ils vont se calmer et nous laisser travailler ». Ils oublient que dans le secteur culturel, il y a du travail à faire. J'ai même le sentiment que le gouvernement du Général Mathieu Kérékou a fait mieux que celui-ci. Ça, c'est ma conviction. Organiser des concerts au Stade de l'Amitié ou au Palais des congrès, ne profite nullement aux artistes. C'est de la publicité qu'ils se font. Il ne faut pas se tromper là-dessus. Ce qui avantage les artistes, ce sont leurs propres initiatives, les projets qu'ils s'échinent à concrétiser avec les moyens de bord. Je ne vais pas blâmer le ministre de la culture. Car, la question qui se pose actuellement n'est pas une question de personne, mais de politique. Et le concepteur en chef de la politique nationale, une fois de plus, c'est le chef de l'Etat. Il est le premier à être montré du doigt. Je suis même tenté de l'accuser de non assistance aux artistes en péril. Avez-vous compté combien ils sont à nous quitter en moins de six (6) mois ? Allez demander comment et pourquoi ils sont morts. Je trouve ridicule qu'on se réunisse après pour leur rendre hommage à travers des discours élogieux. C'est un folklore grotesque et cynique. On constate déjà sur le terrain les campagnes précoces. Si ça ne change pas, on ne va pas les rater non plus. Croyez-moi.
En dépit des critiques que vous formulez, le régime actuel a tout de même eu le mérite de penser au milliard culturel qui n'existait pas du tout sous d'autres régimes ?
Oui ! Tout n'est pas morose. Il y a un effort de fait. En revanche, je ne suis pas d'avis qu'on décerne un satisfécit au gouvernement quand on sait que beaucoup restent à faire. Au moment où le pouvoir était dans la main des militaires qui n'ont forcément pas la culture culturelle, les artistes et promoteurs culturels étaient mieux traités. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Alors que le pouvoir est dans la main des Docteurs. Le président Mathieu Kérékou a quel doctorat ? Pourtant, je vous dis, il a réalisé avec l'aide des Chinois le Palais des congrès. On peut encore multiplier les exemples.
Si cette désaffection du gouvernement à laquelle vous faites allusion se vérifie, ne pensez-vous pas que les artistes et acteurs culturels sont, eux-mêmes, en parti responsables ?
Les artistes sont aussi des humains. Et donc, ils ne peuvent pas avoir tous le même niveau d'engagement, de compréhension et de militantisme. Il y en a qui préfère bénéficier des largesses du pouvoir. Il y a d'autres qui sont dans la résistance. C'est normal. Ce que moi je déplore, c'est qu'on ne prenne pas suffisamment du recul pour se demander : « Que construisons-nous ? » Malheureusement, personne n'y songe. Alors que c'est autour de ça que nous devons normalement fédérer nos énergies, nos envies et nos passions. Au contraire, la question dérange presque. Oui, j'avoue que les artistes sont en partie complices. Il y a des gens qui ont chanté pour tous les régimes et qui aujourd'hui se repositionnent pour chanter pour le changement. Je lie cette conduite de certains au dénuement, au manque de moyens. Ils sont obligés d'entrer dans des compromissions. Mais quand vous prenez du recul, vous les comprenez. C'est un peu ça. Je peux tolérer cela mais je ne défendrai pas, je ne soutiendrai pas cela.
Est-ce que vous avez eu le temps de discuter avec le ministre de la culture de tous ces ressentiments ?
Parce que vous croyez que nous avons un ministre de la culture?
Non moi, je n'ai pas mon temps à perdre. Je ne pense même pas le faire tant que les choses ne changeront pas. Nous avions un ministre qui, lui, avait l'humilité de l'écoute. On sentait en lui de l'envie même s'il était limité au niveau de sa connaissance du terrain. Il sait s'y prendre avec les artistes. Je le dis en toute sincérité. Lui et moi, nous ne sommes pas des amis. Quant à celui qui est là, j'ai l'impression qu'il est en vacance. Il ne sait pas trop où se poser et quoi faire. Le président de la République l'aurait laissé au sport. Parce que là, j'ai eu l'impression qu'il a fait bouger pas mal de choses. Mais ici au département de la culture, il est en terre étrangère. La sincérité et le respect de soi-même l'auraient obligé à démissionner tout simplement. Non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'il est honnête. Mais je sais que nous attendrons longtemps.
Au vu de toutes ces dénonciations, est-ce que Ousmane Alédji, acteur culturel, est prêt aujourd'hui pour apporter son soutien au ministre de la culture ?
Sur le principe, la réponse est oui. Mais rassurez-vous, je n'entrerai dans aucun cabinet pour le moment. Si un ministre croit que je peux lui apporter mon expertise dans tel ou tel domaine, je suis prêt et disposé à le faire même gratuitement. Ce que nous voulons, c'est justement ça. Que les gens nous disent : « nous voulons vous aider, mais nous ne savons pas comment le faire. Qu'est-ce qu'il vous faut ? ». Et nous serons là pour leur donner des réponses fiables
En tant qu'expert de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qu'est-ce qu'il faut aujourd'hui pour impulser le développement réel du secteur culturel Béninois ?
Le miracle s'appelle espaces. Il nous faut des lieux. Nous avons soixante dix-sept (77) communes au Bénin. Un centre culturel municipal pourvu de bibliothèque par commune relève aujourd'hui de l'indispensable. Et c'est à notre portée. Cela coûte au maximum 100 millions de francs Cfa. Multipliez ça par 77 ; vous avez moins de 8 milliards. En une année, l'Etat béninois a couvert le territoire béninois de 77 centres culturels. Le chiffre paraît gros, mais garantit et sécurise l'avenir professionnel des artistes. Quand un artiste quitte Cotonou, il peut jouer 77 fois tout en restant au Bénin. L'obligation d'aller à l'extérieur avant de vivre de son art, ne sera plus une contrainte. On donne rendez-vous au public et on le fidélise. Les œuvres se perfectionnent, la qualité monte et on devient plus compétitif. Il est évident alors que l'artiste qui quitte Cotonou peut jouer 77 fois et faire des recettes colossales. Il peut aussi payer ses artistes, ses musiciens et lui-même peut bien manger, bien s'habiller, avoir une maison, construire un avenir pour ses enfants. C'est ça vivre de son art. Ce n'est pas autre chose. Et ce miracle est à notre portée.
Si on vous nomme aujourd'hui ministre de la culture, monsieur Ousmane Alédji, quelles seront vos priorités ?
Ministre de la culture, nom de Dieu ! (étonnement). Je ne fais pas ces rêves là. Mais bon, je vais me résoudre à faire quatre choses. La première, c'est de créer un environnement juridique qui sécurise les artistes et les acteurs culturels. Je veux parler d'un statut social avec un salaire minimum garanti pour les artistes. En second lieu, je vais mettre en place cette chaîne infrastructurelle et on peut le faire. Nous avons comme président du conseil général de l'Unesco un Béninois. C'est une aubaine. Nous allons donc monter des projets que nous lui soumettrons. L'Union européenne est là et n'attend que des projets crédibles pour les financer. En troisième lieu, nous mettrons en place un budget sur cinq (5) ans afin de faciliter l'animation des centres culturels communaux tenus par des professionnels. Ceci facilitera les productions et leur diffusion à l'interne. En quatrième lieu, je ferai en sorte que l'art béninois devienne plus compétitif. Et cela passe par le financement des festivals. On a comme l'impression qu'on en a trop alors qu'on n'en a pas du tout. Le Fitheb est un festival moribond, c'est le Directeur et son conseil d'administration qui se battent pour tenir ce festival. Donc il faut multiplier les rendez-vous internationaux pour que le Bénin devienne cette vitrine d'excellence en termes d'art tout simplement. Quand vous auriez fait ça, vous pouvez aller dormir tranquille. Les Béninois diront que c'est sous tel président que nous avons eu ceci et cela. Et Dieu sait que les artistes ont la gratitude longue.
Propos recueillis par Serge-David ZOUEME


