Le Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) se dotera, les prochains jours, pour sa décennie en mars 2010, d'un nouveau directeur épris des valeurs théâtrales et surtout imbu des notions de gestion rationnelle et d'équité. Sur la liste du départ, se sont annoncés quatre (4) candidats, tous des acteurs culturels qui, hélas, ne s'équivalent pas au regard de leurs parcours professionnels. D'où l'épineuse question pour le Conseil d'administration présidé par Moudjibath Daouda Koudjo de procéder à un choix responsable et judicieux pour combler l'attente de la grande famille des hommes de théâtre et par extension, faire pérenniser l'ombre du Fitheb sur le Bénin.
Serge-David ZOUEME
Tout comme en politique, au nom des valeurs démocratiques et du principe d'alternance, Orden Alladatin, au terme de son mandat à la tête du Fitheb, cèdera son fauteuil au nouveau directeur qui sera élu par le Conseil d'administration et entériné par le Chef de l'Etat, Boni Yayi. Depuis peu, la procédure de l'élection du prochain directeur est enclenchée sans anicroche. De sources crédibles et proches du Ca, quatre (4) candidats sont effectivement en lice puisqu'ils ont régulièrement déposé leurs dossiers de candidature. Il s'agit de Pascal Wanou, Tola Koukoui, Alougbine Dine et de Coffi Gaou. A en croire les indiscrétions, l'ouverture des plis a été faite tout comme le dépouillement. Mieux, les résultats seraient déjà disponibles et on attend le Conseil d'administration sous la direction du ministère de la culture, de l'alphabétisation et de la promotion des langues nationales pour s'en convaincre. Initialement prévue pour le vendredi 28 août, la délibération serait, sans d'autres formes de procès, reportée au 31 août 2009. Il s'agit déjà là du premier défi que doit relever les membres du Ca. Cesser de laisser perdurer le suspense pour ne pas faire les frais des accointances politiques. Dieu seul sait qu'elles ont d'ailleurs démarré.
A l'heure du décryptage
Si certains méritent déjà les faveurs des pronostics à l'instar de Pascal Wanou, ce n'est pas le cas pour le reste. Selon cette assertion populaire, « les moutons se promènent ensemble, mais ils n'ont pas le même prix », fin de citation. C'est dire que dans le rang des prétendants au poste du Directeur du Fitheb, certains et en grand nombre doivent encore se parfaire pour mériter la confiance populaire, en l'occurrence des acteurs du théâtre puisqu'il s'agit du théâtre pour le cas du Fitheb. Premier responsable du théâtre « Kaïdara », Tola Koukoui a eu le mérite de créer le Fitheb. De concert avec Antoine Dadélé, il conduit la première édition en 1997. Hélas, les fruits n'avaient pas tenu la promesse des fleurs. Il a été évincé en plein festival. En 2000, il bénéficie à nouveau de la confiance de ses pairs et se retrouve à la tête du Fitheb. Les trois (3) ans passés dans le vide n'ont pas, pour autant, changé l'homme. Au soir du festival en 2000, il enregistre une dette de 73 millions de Francs Cfa qui, selon les indiscrétions, ne seraient pas épongés jusqu'à présent. Malgré son grand talent, on lui reproche encore son mode de gestion qui ne pourrait créditer le Fitheb béninois d'une grande audience auprès des sponsors et partenaires étrangers. En témoignent ses démêlés feutrés avec le Programme de Soutien aux Initiatives Culturelles Décentralisées (Pscid).
En face de lui, Alougbine Dine, directeur de l'Ecole internationale de théâtre du Bénin. De retour à Cotonou dans les années 98-99 après son séjour européen, beaucoup voyaient en lui l'espoir du renouveau du théâtre béninois, du moins du Fitheb. Il en avait les potentialités. Il a été, du coup, plébiscité par les siens pour prendre la direction du festival en 2004. Mais très tôt, les uns et les autres ont déchanté. A en croire certains encore en activité, Alougbine n'aurait pas convaincu en son temps. D'où l'avènement de Orden Alladatin. Depuis lors, les acteurs culturels sont méfiants. Il traînerait encore une ardoise de 71 millions de Francs Cfa après cette édition.
Coffi Gaou, un vieux briscard de la culture, pourrait bien faire l'affaire aujourd'hui. Hélas, il s'est investi tout le temps plus dans les arts plastiques que le théâtre. Il pourrait se poser, à son niveau, une question d'appréciation et de lecture d'une pièce théâtrale. Et donc de programmation. On peut également se soucier de ses ennuis de santé récurrents. Alors que la gestion du Fitheb sous-entend une disponibilité physique permanente, du moins tout au long de la période du festival. Des considérations qui militeraient en défaveur de l'homme.
Pourquoi Wanou ?
Le tout dernier sur la liste, Pascal Wanou, est un comédien professionnel. Mieux, il est le président du Centre béninois de l'Institut international de théâtre (Cbe IIt), président de la Fédération nationale de théâtre (Fenat), représentant de l'Institut international de théâtre au Bénin, directeur des Rencontres internationales de théâtre monodrame (Ritm) et directeur des Retheb. On est tenté de lui coller à la peau l'adage : « Qui trop embrasse, mal étreint ». En revanche, loin d'être considéré comme une dispersion d'énergie, les épris de la culture théâtrale estiment que les différents postes qu'occupe l'homme ne sont que le reflet d'un couronnement, la récompense de son savoir-faire reconnu aussi bien au Bénin qu'à l'extérieur. A en croire Yves Sossa, homme de théâtre, Pascal Wanou a eu le temps de se forger des armes dans le théâtre. En témoigne son poste de coordonnateur général de la 7ème édition du Fitheb. C'était en 2004 sous Alougbine Dine. Il serait l'homme nouveau qui n'aurait pas traîné des « casseroles » à l'instar d'autres. De sources concordantes, il bénéficie, pour l'heure, de la faveur des pronostics. Les acteurs culturels qui ont vu, par le passé, ses challengers à l'œuvre, n'hésitent pas à susciter son élection pour conduire pendant le prochain mandat la destinée du Fitheb. Et si l'expérience mérite d'être faite, pourquoi ne pas essayer...